
Je me réveille avec une lancinante douleur à la tête, et l'impression que mon ventre héberge Bagdad entier, bombes comprises. Le soleil n'est pas encore levé, mais j'ai une furieuse envie de vomir. Je veux me lever, mais sens un bras ferme autour de ma taille, et un long corps chaud collé à mon dos. Ahurie, je me retourne pour voir le visage d'Aaron qui dort comme un bébé. J'oublie ma nausée. Dans les bras de Morphée, Aaron semble totalement détendu. Il n'a plus cette froide possession de ses moyens, cet air ironique et narquois. Il semble apaisé, adouci. Son ventre se lève et s'abaisse à un rythme régulier, sa respiration est lente et profonde. Chacun de ses souffles laisse entrer l'air en lui. Je prends soudainement, devant ce spectacle paisible, conscience de la vie, qui anime mon corps, ainsi que le sien, et j'éprouve une bouffée de tendresse. Et seulement à ce moment, une chose me frappe. Pourquoi Aaron est-il en train de dormir dans mon lit ? En plus il prend toute la place ! Oh mon Dieu, à tous les coups je me suis encore bourré la gueule et j'ai couché avec lui... Comment il a pu abuser de mon ivresse ? Mais quel connard ! Moi qui lui faisais confiance ! Je suis vraiment trop stupide. Comment j'aurais pu savoir que c'était le genre de salauds qui profite des femmes saoules pour se les taper ? Je gémis, puis remarque la présence de nos vêtements respectifs, qui, bien que froissés par le sommeil, sont néanmoins tous en place. Je lâche un petit soupir de soulagement - au moins l'alcool ne m'a pas fait perdre la tête à ce point-là, et secoue la tête, incrédule devant tant de stupidité de ma part. Ma tendance prononcée à imaginer le pire tout de suite me perdra.

J'ai du m'endormir pendant
qu'il était là, et lui aussi. Par contre Ashley, Nate et Pietro
vont penser qu'on a couché ensemble, à tous les coups. Bon, tant
pis, ça à la rigueur, c'est le moindre souci. Oh mon Dieu, faites
qu'il ne se réveille pas maintenant, je suis toute décoiffée, mon
mascara a du couler, je dois être affreuse ! Je me sens stupidement
confuse, j'ai l'impression d'être revenue à mes quatorze ans. Bravo
Mary pour ta maturité à l'égard du sexe masculin. Et tu te plains
d'enchaîner les erreurs sentimentales. Pauvre fille. Comme on fait
son lit on se couche. Aaron gémit et bouge, puis ouvre les yeux et
fait presque un bond en arrière. Je réalise alors que j'étais en
train de le fixer, à environ dix centimètres de son visage, ce qui
doit être singulièrement perturbant au réveil.
« Il est quelle heure ? Grogne-t-il en se frottant les
yeux.
- Quelque chose comme quatre heures.
- Oh mon Dieu, et il faut que je me tape la route jusqu'à chez moi
à pied...
Visiblement, le fait de s'être endormi en me tenant comme
une peluche dans mon lit ne le perturbe en rien. Ça doit lui
arriver souvent. Un malaise s'empare de moi quand je me demande
avec qui.
- Tu peux finir ta nuit ici, je vais pas te manger.
- J'en doute, ironise-t-il (provoquant un rougissement
stupide de mes joues), avant de me
sourire. Merci de ton hospitalité Mary.
Et à ce moment, Aaron commence à... se déshabiller. Je le
regarde, médusée. Ça va, c'est la fête au village ! Je détaille
néanmoins le corps dévêtu du jeune-homme (Ben quoi ? Autant en
profiter non ?), et me sens troublée. Allons, Mary, ce n'est quand
même pas la première fois que tu vois un homme torse nu,
ressaisis-toi ! Mais je ne peux m'empêcher de poser les yeux à la
dérobée, comme le ferait une gamine, sur sa poitrine, ses biceps,
et... d'apprécier le spectacle.

Du calme. Je suis un modèle de sérenité. À l'évidence, ce mantra est parfaitement inefficace. Puis, sans la moindre gêne, il enlève son pantalon. Contrôle de ses émotions. Mon regard se pose sur son caleçon et je constate qu'il a l'air... Bien bâti. Ne pas rougir, ne pas rougir, ne pas.. Et merde. Heureusement qu'on est dans le noir. Mais pourquoi il me perturbe autant ? Ridicule. Je suis tout simplement ridicule. À vingt-trois ans, je réagis comme si j'en avais quatorze. C'est moche.
- Tu dors en robe du soir ?
Raille Aaron.
- Mon pyjama est trop laid pour que j'ose te le montrer.
- Mets-toi toute nue alors. »
Quoi ? Aaron qui dit ça ? On croit rêver. Où est passé le
gentleman que je crois connaître ?
« Ça te ferait trop plaisir ! Je rétorque, en sentant mes
joues brûler.
- Tu connais l'humour, Mary ? Ah, vous les femmes... »
Je finis quand même par enfiler le pyjama le moins hideux
que je possède - propre, de préférence, et me couche à côté
d'Aaron, qui a eu la bonne idée de s'allonger en étoile au milieu
de mon lit, ne me laissant que peu de place.
Une demi-heure plus tard environ, je commence à sombrer
dans le sommeil quand je sens la main d'Aaron caresser ma taille,
et son bras enlacer mon ventre. Il se colle tendrement à moi, comme
si de rien n'était.
« Mary ? Grommelle-t-il, la voix
ensommeillée.
- Hmmm ?
- Bonne nuit. »

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